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Dans les documents anciens des communes
Vie locale

Dans les documents anciens des communes

ven 6 Décembre 2019 - 16:42
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Cet avis pour le recrutement pour le Service national ne sera pas conservé.

Dans la maison commune de Palise, le grenier et les armoires gardent de nombreuses archives. Comme toutes les municipalités, elle produit et reçoit de nombreux documents. Au fils des années, ça déborde. Les archives départementales aident les communes à s’y retrouver et à ne jeter que l’inutile.

Dans la petite pièce de la maison commune, plusieurs tables sont alignées pour permettre à Olivier Taxi de travailler sans s’emmêler les pinceaux. Cet archiviste fait le tour de la quasi-totalité des communes du département du Doubs pour les conseiller et surtout trier les archives. Différentes lois organisent ce tri, car il n’est pas question de faire n’importe quoi. Ces documents permettent de retracer la vie de la commune. Cela va du plan du réseau d’assainissement, aux délibérations du conseil municipal, sans oublier les passations de marchés publics… Bref, la boulimie administrative française n’est pas un mythe. Il suffit de plonger dans les armoires de cette petite commune. Ainsi, elles recèlent de documents faisant état de la venue d’un agent recenseur, aux avis d’appel à la population pour les prévenir d’une conscription, en passant par la copie du traité permettant au Royaume Uni d’entrer dans la Communauté économique européenne, ancêtre de l’Union européenne. Ce dernier ne sera pas gardé par Olivier Taxi. Il est loin d’être unique et ne concerne pas non plus la vie du village. Même s’il prête à sourire puisque avec le Brexit, « nous connaissons la fin » souligne l’archiviste.

Faire du vide efficacement

Patiemment et méthodiquement, il sort les cartons des armoires. Olivier Taxi ouvre une à une les enveloppes, et analyse rapidement chacune des missives qui tombent entre ses mains. Là il trouve un énième courrier de la préfecture. Ici, il déniche une affiche informant de l’organisation d’un marché pour les bœufs. Le document date de 1967, c’est donc une archive ? Pas forcément. Ce n’est pas l’âge du document qui lui confère un intérêt historique, mais son statut. L’archiviste doit se questionner pour comprendre si ce document émane de la commune et s’il est unique. « Une délibération de conseil municipal, le budget, ou encore des bulletins de paie par exemple sont uniques » explique Olivier Taxi. Ce qui n’est pas le cas pour l’affiche de 1967. Elle partira à la poubelle. Le but est double : faire du vide dans les communes, et aussi éviter les doublons aux archives.

Régulièrement, les mairies doivent recevoir les archives départementales. En théorie, cette visite peut se dérouler tous les dix ans ou lorsqu’un événement majeur concerne la commune. Palise réunit les deux conditions. La dernière visite commence à remonter dans le temps. De plus, la mairie a quitté la maison commune pour s’installer un peu plus haut dans le village. Un autre type d’événement va concerner de plus en plus de secteurs : les fusions de communes. En effet, il faudra alors marier les archives. Avant le grand chambardement, une remise en ordre s’avère indispensable. Toutefois, Olivier Taxi l’avoue. Certaines communes ont attendu presque un siècle pour avoir droit à la visite des archives. Aujourd’hui, tout semble rentrer dans l’ordre.

 

Un tri sélectif

Olivier Taxi n’a pas le temps de s’appesantir sur chaque document. Il trie presque de manière mécanique grâce à son expérience. Il a une caisse pour ce qui partira aux archives, et d’autres pour ce qui ne l’intéresse pas pour le moment. « Dans ce qu’on va jeter, il existe différentes catégories : le courant, l’intermédiaire, et le définitif. »

Les documents destinés à la destruction ne partent pas à la benne. Pour une raison simple : certains documents, même s’ils sont publics ne sont pas accessibles à tous. Ainsi, en les jetant à la benne, n’importe qui pourrait les consulter et violer une partie de la vie privée. Par exemple, une situation de divorce n’a pas à être connue de tous. C’est pourquoi, Olivier Taxi rédige un bordereau de destruction qui sera validé. Il y a une liste par typologie de documents. Ensuite, ces vieux papiers partiront à Novillars pour être incinérés. Ainsi, plus de risque de consultation sauvage. De même, Olivier Taxi en profite pour effectuer un tri sélectif. « Tous les parties en plastique comme les enveloppes à fenêtre, ou encore les trombones sont triés pour être recyclé ».

L’archiviste est passionné par son activité. En même temps, avec l’ampleur de la tâche, c’est préférable. D’abord il est le seul aux archives départementales à faire ce travail de fourmis. De plus, le département est vaste et possède encore plus de 500 communes. Ce qui fait presque autant de déplacement à prévoir. « Je sors deux fois par semaine » explique-t-il. Le reste du temps que fait-il ? « Je classe ce que j’ai rapporté de mes visites et je rédige des rapports ». L’ennui n’est pas près de le toucher, puisque, comme tous les personnels des archives, il est polyvalent. Dans la semaine, il s’occupe aussi de la salle de lecture et autres classements.

 

Ce qu’il aime dans son travail, en plus d’être en contact avec l’histoire, c’est de rencontrer des gens. Il affectionne aussi l’absence de monotonie. Lors de sa dernière visite à Palise, les documents à inspecter étaient dans le grenier de la maison commune. « Il y avait un gros chat qui m’a surpris » se remémore-t-il en esquissant un sourire derrière sa barbe. « Après, il ne faut pas non plus avoir peur de la poussière et des moisissures». Ce matin-là, à Palise, le froid s’est invité comme partout dans le département. « Heureusement, monsieur le maire a eu la gentillesse de mettre le chauffage ». Une petite attention qui visiblement n’est pas la règle.

Ses visites gardent leur lot de surprise. Cette fois, c’est une petite boîte cachée au fond de l’armoire : c’est une urne pour les scrutins. Un seul point d’attache pour un cadenas, contrairement aux deux, obligatoires aujourd’hui. À l’intérieur une veille boite en fer contenant une sorte de tampon. À quoi servait-il ? Le seul indice se trouve avec les inscriptions sur la boîte : appareil annulateur. La petite trouvaille n’a pas de valeur historique en tant que telle, mais pourra rester dans la mairie. Un petit morceau de patrimoine qui trouvera un jour son explication. En attendant, l’urne retourne dans le placard et devra patienter quelques années pour qu’Olivier Taxi retombe dessus.

 

Jérémie Demay

Les archives municipales

Quatre villes du département ont demandé une dérogation pour conserver leurs archives : Besançon, Pontarlier, Montbéliard, et Morteau. Cette dernière est revenue depuis sur cette demande et reverse une partie de ses documents aux archives. Cela évite une charge de travail supplémentaire à Olivier Taxi.