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Des maisons qui s’adaptent à la météo
Terroir

Des maisons qui s’adaptent à la météo

jeu 27 Juin 2019 - 12:43
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Une maison typique de la région de Belfort.

Une maison typique de la région de Belfort.

Comment faisait-on avant l’invention de la climatisation pour survivre aux vagues de chaleur ? Le musée des Maisons comtoises apporte des éléments de réponse. Entre gros murs en pierre et façade en torchis, chaque secteur s’adaptait en fonction des ressources disponibles.

À peine entré dans cette maison issue des plateaux moyens du Doubs, la fraîcheur est franche et agréable. Le contraste thermique est saisissant ! Ironie de l’histoire, les habitants du XVIIIe siècle, période durant laquelle elle a été construite souhaitent, avant tout, se protéger du froid avec des systèmes d’isolation.

Murs épais en pierre, sol aussi en pierre dans les pièces où l’on ne vit pas, comme la cuisine par exemple. Pour les endroits où les habitants passaient le plus de temps, le parquet en bois est privilégié. Les petites fenêtres, elles aussi, avaient pour but d’aérer et apporter un peu de lumière. Mais c’est aussi une technique pour garder la chaleur dans la maison. L’été, la maison conserve ses qualités d’isolation. Résultat, le choc thermique est impressionnant tellement tous ces systèmes fonctionnent bien. « En été, la chaleur s’accumule dans ces pierres. Elle est ensuite diffusée l’hiver. On laisse faire le climat », décrit Sandrine Guillaume, chargée des collections au musée des Maisons comtoise.

La taille des pièces est elle aussi réduite. Cela permettait d’abord de limiter le coût de la construction. L’hiver, la chaleur humaine était aussi plus concentrée. L’été, la fraîcheur demeure. « En été ce sont des petits frigos naturels ! » s’enthousiasme Sandrine Guillaume avec un anachronisme très frais.

L’été, la maison avait aussi une autre vertu intéressante. En effet, comme la température est nettement plus fraîche à l’intérieur, ils en profitaient pour entasser leur réserve d’eau pour leur consommation quotidienne. Après avoir souffert toute une journée à œuvrer dehors sous un soleil de plomb, s’hydrater dans de bonnes conditions devait être réconfortant pour les habitants.

Toutefois, ces maisons en pierre possèdent un inconvénient de taille : l’humidité. Elle se trouve surtout dans les pièces où le sol n’est pas en parquet. Les cailloux, recouvrant le sol des pièces comme la cuisine ou l’étable, reposent sur un lit de terre. Avec le phénomène de capillarité, l’eau remonte et suinte. Non seulement le sol devient glissant, mais l’humidité peine à partir. Résultat, la fraîcheur d’abord agréable devient moins confortable. Il fait presque trop froid…

Dans les maisons en pierre, l’épaisseur des murs est impressionnante.

 

Pourtant, dans d’autres endroits de la Franche-Comté, des techniques de construction permettaient de contourner ce problème. Du côté de Belfort, dans le Sundgau, les pierres sont moins présentes dans le sous-sol. Conséquence : les habitants ont édifié des maisons en torchis. Cette technique de construction est très ancienne. Il faut dire qu’elle s’avère très pratique. « Ce mélange de terre, de sable, de chaux de paille, et de l’eau pour lier le tout, c’est magique », affirme Sandrine Guillaume. Le montage est très rapide. Le mur est d’abord construit comme un cadre. Ce qui permet d’avoir des murs fins. Dans ce dernier, le mélange de torchis sera appliqué pour le remplir. Le mélange s’appuie sur un quadrillage en acacia garantissant sa bonne tenue. Une autre technique était aussi utilisée. Cette fois, le quadrillage disparaît. Le torchis est déjà fabriqué avec une forme de brique. Il ne reste plus qu’à les assembler comme un mur classique. Simples et efficaces, les principes physiques sont, eux aussi, hallucinants. « Ce type de mur est très respirant et il fonctionne avec la météo. Il récupère l’humidité et la diffuse ensuite. Résultat, les intérieurs sont très tempérés. L’écart de température est moins important que dans les maisons en pierre, mais l’atmosphère reste fraîche ». En prime, il n’y a plus d’humidité.

Résultat, le confort est beaucoup plus important. Pour l’anecdote, le torchis, qui est utilisé quasiment depuis que l’homme a décidé de se sédentariser, voit ses propriétés physiques copiées, notamment dans les maisons en bois avec peu de chauffage : une isolation efficace qui permet quand même à l’air de circuler.

La fabrication et le montage du torchis est très simple.

Autre avantage du torchis : sa facilité pour le démontage et sa construction. Ainsi, quand il fallait ajouter une extension à la maison, il était inutile de tout casser. Il suffisait de percer une porte dans un mur et de construire la nouvelle pièce. C’est également grâce à cette simplicité que les habitants, quand ils quittaient le village partaient avec leur maison. Ils enlevaient le torchis, récupéraient les poutres, et tout pouvait être rebâti plus loin.

Comme pour beaucoup de maisons de cette époque, la localisation est primordiale, comme l’explique Sandrine Guillaume : « on construit sa maison en prenant en compte le sens des vents. Elle est d’abord orientée selon les vents dominants est-ouest. Côté nord, la maison doit être au maximum protégée de la bise. On laisse venir le vent d’ouest. » Autre astuce utilisée : se servir de l’environnement. Ainsi, dans la région de Belfort, les maisons étaient souvent construites avec beaucoup de végétation autour. Pourquoi ? Se protéger du vent et des intempéries. Et l’été, cela amenait aussi de la fraîcheur. Au XVIIIe siècle, ils n’avaient pas la clim, mais du bon sens.

Jérémie Demay