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Des palettes de possibilités
Environnement

Des palettes de possibilités

jeu 28 Novembre 2019 - 10:29
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L’entreprise Lefèvre récupère les palettes inutilisées pour les réparer ou démonter les pièces en bon état. Un recyclage auquel s’intéresse dorénavant Préval, établissement en charge de la prévention et de la valorisation des déchets du Haut-Doubs. Les deux s’allient pour développer cette démarche.

La nouvelle est tombée ce mois-ci : la société Lefèvre s’associe à Préval. L’entreprise de réalisation et de recyclage de palettes ne manque pourtant pas de travail. Par mois, c’est près de 8 000 palettes qui arrivent dans ses locaux. Et autant qui en repartent neuves, ou tout comme.

« Ici, rien n’est réparé avec du neuf. » Les palettes proviennent de magasins et d’entreprises qui n’en ont plus l’utilité. A leur arrivée à l’entrepôt, elles sont triées par dimension, solidité et état général. Celles qui sont en bon état peuvent repartir. Les autres passent sous les mains expertes d’Anthony Lefèvre, le gérant. Il lui faut trois à six minutes pour les réparer ou les démonter selon les dégâts. Il coupe à la scie sabre et recloue à la cloueuse automatique. « Nous faisons tout à la main. » Certaines ne sont pas récupérables. Dans ce cas, les parties réutilisables sont mises de côté. Elles vont servir à remplacer des planches, ou encore des plots, sur d’autres palettes. Une fois prêtes, elle sont revendus pour le transport de marchandises.

Des caristes peu attentionnés ou l’humidité, voilà autant de raisons qui les abîment. « Le risque est que la marchandise tombe et se casse. » Mais, peut-on recycler toutes les palettes ? La réponse est oui. « Tout peut être réutilisé, explique le gérant de l’entreprise. Le seul traitement utilisé sur certaines est la peinture. » Connue pour fabriquer des palettes de qualité, la société Lefèvre prend une précaution pour l’export. Ses produits sont passés dans un four pour éliminer les bactéries. Et éviter d’en expédier dans les pays étrangers.

Cette entreprise se transmet de père en fils dans la famille Lefèvre. Anthony est la troisième génération. Et jamais il ne se serait imaginé faire autre chose. « A vrai dire, je ne sais faire que ça », rigole-t-il. Tout commence grâce à son grand-père. Alors à la tête d’une entreprise de recyclage de carton et papier, il se rend compte que les palettes sont laissées de côté. Pour cet homme, il était inimaginable de jeter avant même d’avoir essayé de réparer. Un fervent défenseur de l’idée que « rien ne se perd, tout se transforme ». Mais, avec quarante ans d’avance sur la prise de conscience de la valorisation des déchets. « Tout avait une valeur pour lui, souligne son petit-fils. A cette époque, le recyclage des palettes n’était pas encore développé. » Son père reprend ensuite l’entreprise familiale.

La SARL Lefèvre, telle qu’on la connaît, est créée en 2013. « C’est la suite de mon père. Mais en quelque peu différent. » Il continue à recycler les palettes et en réalise également. Ils sont quatre employés à ce jour : un chauffeur, deux en atelier, et Anthony au recyclage. L’équipe est cependant susceptible d’évoluer. Préval pourrait leur emmener 3000 à 4000 palettes en plus par mois. « Nous sommes déjà chargés. J’avais en tête d’embaucher une personne. Là, ça devient indispensable. C’est une bonne nouvelle. » Les plus habiles de leurs mains vont donc pouvoir postuler au poste de manœuvre. Quand recyclage rime avec emploi, c’est ce qu’on appelle de la valorisation dans tous les sens du terme.

 

O'Fait

Où ?

La société Lefèvre se situe au 5 Combe Grémond, dans la ZAE de Bulle.

Quoi ?

Lorsque les palettes ne sont pas recyclées, la plupart s’entassent à l’arrière des commerces. Ce qui incite nombre de passants à les ramasser.

Pour en faire quoi ?

Les meubles d’intérieur, comme d’extérieur, en palettes sont devenus tendances. L’entreprise Lefèvre propose de donner les palettes de mauvaises dimensions et de vendre les autres aux particuliers.

Lisa Callens

Trois questions à Jean-Yves Meuterlos, directeur de Préval, et Aurélie Lamy, responsable du pôle déchetterie

 

Pourquoi débuter maintenant le recyclage des palettes ?

Jean-Yves Meuterlos et Aurélie Lamy (J.-Y. M. et A. L. :) : Depuis 2017, nous avons développé le recyclage des matériaux. Les huisseries, les films plastiques, les jantes et les pneus sont venus s’ajouter au reste. Pour cela, nous avons créé un partenariat avec La Ressourcerie de Houtaud. Elle s’occupe alors du démantèlement et du transport. Nous souhaitons désormais reprendre ce dernier point. Il s’agit de l’une de nos fonctions principales. Et ça ne supprimera pas de postes chez notre partenaire. Nous allons donc investir dans un camion et embaucher un chauffeur pour la logistique. Ça nous permet également de nous concentrer sur le bois. 

Beaucoup de palettes sont déposés dans les déchetteries ?

J.-Y. M. et A. L. :  Le bois représente le deuxième flux que nous collectons via nos quatorze déchetteries. Soient 8 000 tonnes par an. Les palettes représentent 12 % de cette catégorie. Lors d’une catégorisation de ces déchets, nous avons constaté que beaucoup d’entre elles sont en bon état et donc réutilisables. C’est pour cela que nous nous sommes rapprochés de l’entreprise Lefèvre. Cette dernière s’est rapidement imposée car nous avions déjà travaillé avec. Elle va leur apporter une nouvelle valeur. Notre but est de s’allier avec des partenaires locaux. Et de créer une économie non pas pour, mais par le territoire. 

Quand pensez-vous débuter le recyclage des palettes ?

J.-Y. M. et A. L. : Le recyclage des palettes a été décidé par les élus de Préval récemment. Nous mettons en place progressivement ce projet. Nous lançons d’abord une campagne de recrutement pour un agent d’exploitation. Une fois embauché, nous allons le former. Nous espérons démarrer cette activité au premier trimestre 2020. Nous n’inventons rien dans le réemploi de la palette. C’est juste une habitude qui a été perdue au niveau industriel. Nous essayons de nous réapproprier tout ça.