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L’un des rares jardins comtois à la française
Vie locale

L’un des rares jardins comtois à la française

jeu 5 Septembre 2019 - 09:53
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Le château de Vaire-le-Grand possède le premier jardin à la française implanté en Franche-Comté. Il reste l’un des seuls dans la région.

Peu connu du grand public, le château de Vaire-le-Grand, propriété privée, est ouvert à la visite chaque été. Ainsi que pour les Journées du patrimoine. Surplombant la vallée du Doubs, le site possède l’un des rares jardins à la française de Franche-Comté.

La grille signale l’entrée du château. Pour autant, l’édifice n’est pas encore en vue. De chaque côté se trouvent deux pavillons, les communs à l’époque. C’est là, au fond et excentré que surgit le château. « Il n’est pas placé face à la grille d’entrée, mais face à la vallée du Doubs », explique la fille des actuels propriétaires, qui se charge des visites guidées. Si aujourd’hui la végétation et des lotissements de maisons ont poussé, réduisant le champ de vision, le panorama, au XVIIIe siècle lorsque l’édifice a été construit, était presque à 360 degrés. Le site offre néanmoins encore de très jolis points de vue.

Un château fort

« Il jouit d’une situation exceptionnelle, c’est d’ailleurs pour ça qu’il a de tout temps été investi », poursuit la guide. Des traces de présence à la préhistoire ont été retrouvées. Le pic rocheux était occupé au temps des Romains, c’était un petit castrum. Puis un château fort, dont il ne reste aucun vestige, a été érigé. « La motte féodale appartenait à Gauthier de Vare, seigneur de Vaire. Il est mort à Jérusalem, lors de la première croisade, en 1099 », explique-t-elle.

C’est au XVIIIe siècle que l’édifice actuel est bâti. Le rez-de-chaussée se visite. L’enfilade des pièces est composée de vaisselles, de tableaux, mobiliers, tissus du XVIIIe siècle. « Quand mes parents l’ont acheté, c’était une coquille vide, ils ont cherché et acquis chaque objet au fil des années. L’idée est que le visiteur voie comment on vivait à cette époque. »

Mais c’est de l’autre côté du château, face au Doubs, que s’offre le joyau du site : un jardin à la française. Le premier à être implanté en Franche-Comté. En tout, le parc prenait place dans 200 hectares de prairies et de forêt. Aujourd’hui, il en reste 3,5 ha. Il est aménagé en trois terrasses. « Il intègre le château dans le paysage grâce à un jeu de répétition et de miroir », raconte la guide.

 

 

Effet de surprise

Pour ne pas briser l’harmonie du jardin, les passages se font sur les côtés. Sur la première terrasse, on passe une arche discrètement dessinée dans le portique d’ifs, très imposants. Pour découvrir la deuxième terrasse, il faut aller au bout de la première, si possible en passant par l’allée des tilleuls, sur la gauche du jardin. Et la troisième terrasse, la plus petite, se découvre aussi au bout de la deuxième. C’est à chaque fois l’effet de surprise. Au loin s’écoule le Doubs, le troisième miroir de ce jardin, moins visible aujourd’hui à cause de la végétation. « C’est le même principe que les piscines en bordure de mer. Les perspectives donnent une illusion d’optique. »

En parallèle de ce jardin d’hiver, qui servait à faire entrer la lumière dans l’habitation, on trouve un jardin d’été, et trois jardins, non plus d’agrément mais utilisés comme potagers.

Tout est extrêmement propre et taillé à la feuille près, les pelouses tondues de près. « Le jardin à la française est dans l’esprit de la monarchie absolue : on domine la nature. » L’entretien de ce vaste espace est loin d’être une sinécure pour les propriétaires et leur famille. Pour autant, leur volonté est de redonner son allure d’origine au site, qui est passé entre de nombreuses mains au fil des siècles (voir ci-dessous). Le jardin reste l’un des rares de Franche-Comté à être aussi complet. « La plupart a été progressivement abandonné ou transformé en jardin à l’anglaise », précise la guide. Impossible de tout décrire en se promenant dans ses allées surplombant la vallée du Doubs, tant l’espace est impressionnant et complexe. Le mieux est de le découvrir soi-même !

Laurine Personeni

De château à colonie de vacances

 

 

Depuis le XVIIIe siècle, le château de Vaire-le-Grand a de nombreuses fois changé de mains. Il a été construit par Jean-Antoine Boisot, premier président au parlement de Besançon grâce à la dot conséquente de sa femme, fille d’un riche receveur : 120 000 livres. Vivant sur un grand pied, il possédait notamment la deuxième plus grande bibliothèque de Franche-Comté. Mais en 1723, son épouse refuse de poursuivre les efforts financiers. Jean-Antoine Boisot est contraint à l’emprunt. En 1748, acculé par ses dettes, il vend le château aux nièces de sa tante maternelle, orphelines du baron Jean-Jacques Pourcheresse d’Etrabonne. L’une d’elle, épouse du marquis de Verseilles, vit au château de Vaire à partir de 1750. Son mari installe l’adduction d’eau dans les jardins et commence à mettre en place des parterre d’eau, comme à Versailles. Mais la Révolution française, en 1789, les contraint à fuir dans le Jura, à Saint-Claude. Le marquis y mourra en 1799. Les travaux ont été laissés en état. Lorsque la marquise revient, elle comble le parterre de fleurs, comme c’est toujours le cas aujourd’hui.
En 1817, la nièce de la Marquise de Verseilles hérite du château qu’elle revend aux Cugnotet-Tefinot. A son tour, la famille revend en 1885 à Fanny Morel, veuve d’un maître de forges Louis Meiner. Le domaine se transmet de mère en fille jusqu’en 1938. Là, un industriel des Vosges, Georges Feschotte, l’acquiert. Ce dernier sera déporté lors de la Seconde Guerre mondiale. Un autre industriel de la société Boussac devient propriétaire du château en 1948. Il transforme les deux pavillons en maisons de vacances et le château en colonie pour les enfants de ses ouvriers.
Subissant un revers de fortune dans les années 1980, il vend une partie des terrains et le verger, ce qui explique la construction de lotissements, à côté du château.
En 1985, les propriétaires actuels achètent le lieu et s’attachent à le restaurer. Le château de Vaire-le-Grand est classé monument historique en 2011.