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La forge, témoin d’histoire
Vie locale

La forge, témoin d’histoire

ven 1 Novembre 2019 - 16:00
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La forge-musée d'Etueffont, un lieu à découvrir...

De 1843 à 1977, la famille Petitjean a tenu la forge d’Etueffont. Carrefour de vie incontournable, l’ancienne forge a vite été transformée en un musée qui témoigne de l’histoire de nos campagnes et de la vie d’une famille. Un lieu particulier que des passionnés souhaitent garder ouvert.

Abandonnée à la fin des années 1970, la forge d’Etueffont, au pied des Vosges, témoigne encore aujourd’hui des profonds changements connus par le village et le monde rural au cours du XXe siècle. Dès 1981, l’association « l’Outil et la Vie d’Antan » transforme la vieille forge en musée. « Ici, rien n’est sous vitrine, on peut toucher, voir, sentir, explique Ingrid van Tiel, la guide du musée. Je pourrai parler une demi-heure dans chaque pièce de ce qui s’y trouve. » Scènes de la vie quotidienne, vie de famille, outils, métier à ferrer les bœufs, il y a en effet, de quoi dire dans cette vieille bâtisse classée aux monuments historiques, et conservée dans son état des années 50.

Un souvenir de l’histoire du village

La forge-musée d’Etueffont n’est pas un simple musée, c’est un témoignage. De la vie quotidienne, des difficultés, des mutations de la vie paysanne, du retour de certaines pratiques... Ici, le visiteur trouvera toujours un pan d’histoire qui le passionnera, transmis et expliqué par Ingrid ou des bénévoles. Que ce soit dans l’antique forge où stages et démonstrations sont toujours proposés, où dans le corps de la vieille ferme, avec le métier à ferrer les bœufs, il y en a pour tous les goûts...

Au détour d’une vieille entrée, on trouve aussi un panier à linge. « Justine, la femme de Camille Petitjean, le forgeron dans les années 1930-1940 avait repris son travail de repasseuse, explique Ingrid. Car le déclin du monde agricole avait touché l’activité de la forge. Les habitants du village laissaient le linge ici à l’entrée, et ils le reprenaient le lendemain.
Mais attention, il ne fallait pas que l’on voie Justine : c’était mal vu que la femme du forgeron doive travailler. » A l’étage, on retrouve l’atelier de Justine reconstitué par l’association. L’anecdote raconte tout : la place du forgeron dans la société rurale, les mutations de cette société, l’industrialisation... « Nous avons toute une collection d’outils agricoles. Des choses abandonnées pendant longtemps et qui sont désormais réutilisées dans la permaculture par exemple. On est peut être aussi une sorte de témoin de l’avenir. »

Ingrid van Tiel dans l'atelier de repassage de Justine Petitjean

 

La difficulté des petits musées de campagne

Pour un petit musée de campagne, la forge regorge d’histoires transmises par Ingrid. Malheureusement, son contrat avec la communauté de communes vient de s’achever. « De toute façon, le musée est fermé en hiver, il y fait vraiment beaucoup trop froid, » philosophe-t-elle. Va-t-il rouvrir pour autant au printemps ? Ne sera-t-il tenu que par les bénévoles ? Bien que ce lieu ne joue pas dans la même cour que le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, le musée de Montbéliard, ou le Lion de Belfort, en un an, Ingrid a fait bondir les visites d’environ 700 à plus d’un millier. Un travail remarquable rendu aussi possible par l’énergie déployée par les bénévoles : « Cela fait 22 ans que je suis membre de l’association, explique Robert Greuset, le forgeron. Tout a énormément évolué, même si nous avons fait en sorte de laisser la forge dans son jus. Mais depuis ce temps, la muséographie s’est énormément enrichie, elle est plus complète, plus précise, plus intéressante... Moi je vois ça comme une autre forme de bibliothèque qui apporte un vrai savoir au visiteur. » Il serait vraiment dommage que cet endroit témoin de la vie rurale sombre peu à peu dans l’oubli.

 

 

Forge-Musée d’Etueffont

2 rue de Lamadeleine

90170 Etueffont

Tél : 03.84.54.60.41.

Réouverture le 1er avril jusqu’au
30 septembre,

Accueil des groupes tous les jours (sauf mardis) de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h (sur réservation)

 

Clément Pérot

C’est en forgeant...

 

Robert Greuset est le forgeron du musée depuis plus de vingt ans. Ce retraité très actif n’a jamais lâché les métiers de la ferronnerie depuis sa plus tendre enfance : « Quand j’ai eu quatre ans, mon père m’a emmené voir un forgeron. J’ai été immédiatement captivé par le travail du fer. Quand on met le doigt là-dedans... Alors j’ai fait le choix dès le lycée de m’orienter vers ces métiers. Et cela fait plus de soixante ans que je forge. »

Depuis une grosse vingtaine d’années, Robert fait des démonstrations pour le musée. « Il y a quelques années, j’ai proposé que l’on organise des stages pour faire découvrir cette activité. » Le succès est immédiat, avec environ 500 stagiaires accueillis depuis la mise en place de ces stages. « La majorité vient pour découvrir la ferronnerie pour en faire un peu en amateur. Mais certains, c’est pour découvrir un métier : une quinzaine de mes anciens stagiaires sont devenus professionnels. Ce qui est formidable, c’est que les stages regroupent des publics très hétéroclites, médecins, ouvriers, jeunes, vieux. Ils se retrouvent autour d’une même envie, et cela nivelle les différences. J’ai même eu des groupes qui ont voulu refaire des stages ensemble tellement ils avaient sympathisé ! » Une manière comme une autre de perpétuer le rôle social de la forge dans l’ancienne vie des villages : celle d’un carrefour où tout le monde se retrouvait, tout simplement.