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Le peintre et la musique
Vie locale

Le peintre et la musique

lun 23 Septembre 2019 - 11:21
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Philippe Pouzet, le conteur. Ana-Maria Bell, la musicienne.

Dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet, le château de Montby accueille le 28 septembre une représentation faisant le lien entre l’artiste et la musique. Rencontre avec Philippe Pouzet et Ana-Maria Bell, de la compagnie Arthemus, les deux personnes derrière ce projet surprenant.

Comment l’idée d’un spectacle alliant textes issus de la correspondance d’un peintre avec de la musique a-t-elle vu le jour ?

Philippe Pouzet (P.P.) : Au départ, nous avons réalisé un disque des musiques du XIXe siècle de l’époque du peintre (Jean-Baptiste Clément, Gustave Nadeau...). Il faut savoir que Courbet aimait énormément la musique, qu’il aimait beaucoup chanter avec ses amis, et qu’il était très fier de sa voix. La musique avait une place importante dans sa vie.

Ana-Maria Bell (A.-M. B.) : Puis nous avons donné des concerts, des conférences et des spectacles autour de ce disque. On s’est pris de passion pour Courbet et on est tombés sur sa correspondance. C’est incroyable de voir comment les gens écrivaient bien au XIXe. Au point que l’une de ses lettres a donné lieu à une mise en musique sur le disque.

De fil en aiguille, notre spectacle qui entrecoupe des textes de Courbet, interprétés par Philippe et des morceaux de musique de l’époque (ou inspirés par elle) joués par moi a vu le jour. Depuis 2011, nous avons eu l’occasion de le jouer à différents endroits, et c’est assez naturellement que l’on a pensé à nous pour le bicentenaire de Courbet.

Votre compagnie n’est pas originaire de la région, comment en êtes-vous arrivés à travailler sur Courbet ?

P.P. : Nous sommes en relation avec le Musée Courbet à Ornans depuis 2009. En fait, nous avons des rapports avec le monde artistique de la région depuis longtemps, et nous avons développé une vraie passion pour elle, ainsi que pour les peintures de Courbet.

La représentation que vous allez donner va sortir de l’ordinaire puisqu’elle aura lieu dans un château d’un petit village du Doubs. Qu’est-ce que cela change pour vous de jouer dans un village ?

A.-M. B. : C’est formidable. Je trouve que le public de campagne est plus intéressé par les lettres classiques, par son patrimoine, son histoire. Ce sont un peu les « gardiens du trésor.» En tout cas plus que dans les grandes villes, ou l’on parle finalement un peu toujours des mêmes « grands » événements, et où on a l’impression que le public y va pour « cocher » avoir vu tel spectacle ou telle exposition. En campagne, le rapport avec le public est plus intime, plus fin et plus sincère. Au fil du temps en plus, nous avons développé un vrai goût pour les peintures de Courbet, c’est alors un vrai plaisir de revenir dans la région et de revoir les paysages qui ont inspiré son œuvre. Il était fier de sa région, et il y a de quoi !

Il est « monté » à Paris parce qu’il avait soif de réussir, mais au fond, il a toujours peint sa région, et y est profondément attaché. On en a même tiré une chanson intitulée Oublier Paris, oublier sa grisaille, ses garçons mal lunés... Jouer ce spectacle dans le Doubs, c’est un juste retour des choses. C’est son terroir, c’est là qu’il voulait être. Il a beaucoup plus peint Flagey que Paris.

O'Fait

Lecture musicale de la correspondance de Gustave Courbet par la Compagnie Arthemus

Le samedi 28 septembre à 15 h au Château de Montby, 14 route d’Uzelle, Gondenans-Montby

Tarifs : 5 € pour les + 18 ans, gratuit moins de 18 ans.

propos recueillis par Clément Pérot

Culture à la campagne, le rôle des com’com

Née en 2017 de la fusion de trois communautés de communes (Rougemont, Pays de Clerval et l’Isles-sur-le-Doubs), la Communauté de communes des deux vallées vertes (CC2VV) se retrouve avec un vrai défi pour créer de l’animation culturelle sur un immense territoire très rural, sans grande ville. « Avant 2017, le conseil départemental proposait un catalogue avec des spectacles, explique Sophie Cassard, de la CC2VV. Puis le Département a changé sa politique et ne proposait plus de catalogue, mais plusieurs temps forts : résidence d’artiste, saison numérique, printemps des amateurs, patrimoine... Cela nous a permis d’accueillir la Compagnie A la Lueur des Contes en résidence pendant une semaine. Pendant ce moment, la Cie travaillait sur ses prochaines créations, et proposait des animations en parallèle : diffusion de deux contes dans des écoles primaires, balade contée ouverte à l’ensemble de la population, diffusion de deux spectacles tout public... »

Une première qui a généré un véritable engouement sur le territoire. La communauté de communes a donc choisi de densifier son offre d’animations. Pour cela, il fallait d’abord que la com com se dote de la compétence culturelle. Puis il a fallu élaborer un projet culturel, doté d’un vrai budget (10 000 € par an environ), avant de solliciter des aides au financement au Département et à la Drac (Direction régionale des affaires culturelles).

Le projet a vu le jour en novembre 2018 avec une philosophie simple : un spectacle par mois, varié pour que chacun y trouve son compte (musique, danse, théâtre, spectacle jeune public), un tarif unique et accessible (5 € pour les adultes, gratuit pour les moins de 18 ans), et une vraie politique territoriale. « Nous voulons préserver l’équité sur la communauté de communes : notre territoire est très vaste et il faut en donner à tout le monde. Nous privilégions également les lieux « éloignés » de l’offre culturelle classique : les petits villages. » Le territoire ne disposant pas de lieu de diffusion, le programme doit se délocaliser : salles des fêtes, églises, place du village, monuments historiques.

Petit à petit, la collectivité est devenue un interlocuteur pour les artistes. « Ce fut difficile la première saison mais maintenant ce sont les compagnies qui nous sollicitent ! » Pour l’heure, le succès de la programmation est assez aléatoire, mais plutôt encourageant. « Nous avons mobilisé plus de 1000 spectateurs sur la saison septembre 2018 - juin 2019, avec de grands écarts de fréquentation : 17 personnes pour un spectacle et 250 personnes pour une soirée rock. » C’est un début et la CC2VV fourmille encore de projets pour faire vivre son territoire, notamment une action transversale mêlant sport, culture et jeunesse.