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Les belles pistes de Loïc
Rencontre

Les belles pistes de Loïc

jeu 23 Janvier 2020 - 10:50
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Toute une vie à damer les pistes de skis, quelles soient nordiques ou alpines, voilà comment on pourrait résumer la passion de Loïc Jacquin. Amoureux des engins de damage, il a même été récompensé par un titre de champion dans cette spécialité.

Quand il parle de dameuses, les yeux de Loïc Jacquin s’illuminent. Il faut dire que pour lui, ces grosses machines représentent plus que des monstres de douze tonnes à chenilles. Elles sont une sorte d’héritage familial : « Mes parents tenaient le chalet de La Boissaude, explique-t-il. Au début, les temps étaient difficiles, et mon papa allait damer les pistes de ski nordiques pour faciliter le chemin jusqu’au restaurant, et inciter ainsi les skieurs à venir manger chez nous. » Une habitude transmise très tôt à Loïc, qui remplaçait son père dès que le restaurant affichait complet. Un véritable coup de foudre pour celui qui n’était qu’un jeune adolescent, au point qu’il décide de devenir mécanicien spécialisé dans les engins de damage.

Après trois ans de formation à Mâcon, il rejoint la concession Kässbohrer d’Albertville où il travaillait sur des dameuses de la marque (commercialisée sous le nom PistenBully). « Après trois ans, j’aurais aimé devenir démonstrateur pour PistenBully, mais ces places étaient chères et un peu réservées en interne... Alors je suis parti à l’Alpe d’Huez pendant trois autres années. A l’époque, c’était la première station qui n’était équipée qu’en PistenBully. »

L’occasion pour lui de retrouver son goût initial pour les belles pentes bien entretenues. Après cette expérience, Loïc saisit une opportunité pour revenir dans sa région d’origine, d’abord en tant que mécanicien à son compte, puis comme employé à la station de Métabief. « C’est une opportunité incroyable de pouvoir à la fois conduire les engins et les réparer. Comme ça, je peux tout faire sur les machines en permanence. »

Une passion née à la Boissaude

La consécration pour Loïc vient en 2017. Il remporte avec une équipe de la station le championnat de France de damage. « Je préfère dire que ce sont des rencontres nationales entre chauffeurs, modère Loïc. Il y a de nombreuses stations avec des équipes très compétentes qui ne s’inscrivent pas aux épreuves. Mais cela permet de se rencontrer entre professionnels venus de toute la France, et de parler du métier. »

Toute modestie à part, les équipes de Métabief avaient su démontrer pendant deux jours à quel point elles maitrisent leur sujet : épreuves de précision et d’agilité avec le véhicule, de conduite à l’aveugle, questionnaires... « Le plus impressionnant, même pour nous, c’était de conduire sur une piste avec des obstacles sans aucune visibilité, juste avec le GPS. Et c’est éprouvant car on ressent tous les mouvements de terrain de façon amplifiée. Ca donne le mal de mer.  Toutes les épreuves sont super ludiques, et comme on est en extérieur, au moindre coup de vent on peut louper une épreuve. »

 

Mais pour être champion, il faut surtout extrêmement bien connaître les machines, avec un accent mis sur les normes antipollution. « Il faut que les nouveaux chauffeurs se mettent à l’écoconduite, pour transformer les mentalités. » Un point fort pour l’équipe de Métabief : « Ici, on est très sensibles à ces questions de pollution. On a une équipe qui s’intéresse beaucoup à ces questions. Il faut savoir que l’on peut facilement gagner 4 à 5 litres de carburant à l’heure (pour des machines qui consomment entre 22 et 35 litres). Dans les Alpes, ils font un peu moins attention, mais à leur décharge, leurs plannings sont très complexes, ils ont énormément de pistes à entretenir, et c’est un peu la course pour eux. »

Cette saison, la neige à Métabief s’est largement fait attendre, laissant un moment Loïc et ses équipes en un relatif chômage technique. « On ne peut même pas entretenir les quelques pistes ouvertes au sommet, car la couche de neige est trop réduite. On risque de faire plus de mal que de bien si on passe dessus avec nos engins. » Il fallait tout de même préparer le matériel dans l’attente du moment où la neige, naturelle ou de culture, ferait son apparition. Comme la saison est déjà bien entamée, il ne faut pas perdre de temps.

La bonne nouvelle est arrivée depuis ce samedi, puisque le froid a permis à la station de lancer la production de neige. Les dameuses ont attaqué leur manège, qui ne cessera plus avant la fin de la saison. Une véritable course contre la montre pour Loïc Jacquin : « La production de neige prend trois jours, le temps de vider le lac. Il y a alors des tas de neige tous les 150 m sur les pistes. Notre travail est donc de répartir partout de façon uniforme afin que ce soit skiable de façon optimale. Idéalement, il faudrait attendre quelques jours avant de damer. » Le ballet des dameuses va commencer.

Clément Pérot

Les Dates de Loïc Jacquin

1981

Naissance de Loïc Jacquin à Pontarlier. Il passe toute son enfance à La Boissaude (sur la commune de Rochejean). C’est sur les pistes de ski nordique entourant l’auberge que Loïc développe son goût pour les engins de damage.

 

2001

C’est un tournant dans la vie de Loïc. Son bac en poche et après quelques temps à chercher sa voie, il décide de se consacrer à sa passion et étudie la mécanique des engins de damage. S’ensuivent plusieurs années à travailler chez un concessionnaire et sur les pistes de l’Alpe d’Huez.

 

2013

Il signe son CDI à Métabief. En modulant un peu ses heures entre été et hiver, il est bien occupé toute l’année. L’été est consacré aux grosses réparations, et il faut aussi être présent pour l’entretien des engins qui servent pour les pistes de VTT.

 

2017

Il remporte avec une équipe de Métabief le championnat de France de dameurs. « C’est avant tout une super expérience, une rencontre entre passionnés pendant quelques jours. Nous avons gagné, ce fut une surprise, nous ne pensions pas spécialement être dans la course. »