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Son métier: peintre en lettres
Rencontre

Son métier: peintre en lettres

jeu 25 Juillet 2019 - 10:37
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Anne-Lise Blanchet a ouvert son atelier en juillet 2018. Des visites sont possibles.

C’est un vieux métier que plus personne ne connait : celui de peintre en lettre. À Ornans, Anne-Lise Blanchet a installé son atelier depuis un an et s’attache à remettre au goût du jour cet artisanat. Elle sera présente aux journées Art et Artisanat, les 3 et 4 août.

Dès l’entrée de son atelier, elles sont partout. Des minuscules, des capitales, des gothiques, des romaines, des simples, des croches, des bâtons... Chez Anne-Lise Blanchet, les lettres sont reines. Peindre des lettres pour des enseignes, notamment, c’est son métier. « Contrairement à la calligraphie, où l’on écrit la lettre, là, on la dessine puis on la peint, explique l’Ornanaise de sa voix rauque. C’est un vieux métier dont on ne parle jamais alors qu’il y a des vieilles enseignes partout. »
Fin XIXe siècle, la peinture en lettres est en plein boom. Enseignes pour les magasins, plaques d’immatriculation, tout était peint à la main. Avec l’arrivée des machines à commandes numériques, le métier a périclité. « J’ai envie de remettre au goût du jour cet artisanat car cela a quand même plus de charme et de cachet que des typographies normées. Il y a plein de styles différents : des lettres simples, des lettres croches,... On y ajoute des ornements : des ombres, des épaisseurs, des pleins, des déliées, il y a le choix des couleurs aussi », s’enthousiasme-t-elle. Ses yeux d’un bleu limpide pétillent lorsqu’Anne-Lise Blanchet évoque son métier.

 

A l’ancienne


« J’ai toujours été attirée par les objets d’écriture », glisse-t-elle. Certainement un héritage de son passé d’écolière en Haute-Saône où l’instituteur les faisait écrire à la plume. A l’ancienne. Tout comme le savoir-faire d’Anne-Lise qui exécute toutes ses peintures en lettres, à la main, sans aucune aide numérique. Il faut déjà commencer par calculer l’intervalle entre les lettres. Puis Anne-Lise dessine sur un papier calque les lettres et leurs ornements. C’est ce qu’on appelle un poncif. « Je travaille à l’ancienne c’est-à-dire que je dessine tout à la main. Certains dessinent à l’ordinateur. Mais je trouve que ça n’a pas autant d’âme car les lettres sont trop parfaites », relève celle qui pourtant est perfectionniste. « Avec les lettres, ce n’est jamais parfait, ça m’a fait une petite thérapie. »


Dix ans pour apprendre le métier


Ensuite, elle perfore le poncif à l’aide d’une roulette de couturière qu’elle fait rouler sur le calque. Les trous perforés s’inscrivent sur la surface à peindre, en l’occurence ici du bois. Puis Anne-Lise redessine les lettres au crayon. Vient ensuite la mise en peinture à l’aide de pinceaux particuliers à bout carré en poil de martre. « Il est plat. On tire la peinture. C’est un gros réservoir de peinture, surtout pour faire les ombres », explique l’artisan, penchée sur son travail. Pour être peintre en lettre, il faut être minutieux. Et patient. « Il faut 10 ans pour apprendre ce métier. Ceux qui ont trente ans de métier peignent directement, intuitivement. »
C’est à la suite d’une reconversion qu’Anne-Lise Blanchet est devenue peintre en lettres. Monitrice d’auto-école à Paris puis éducatrice spécialisée pendant 15 ans, elle a mis à profit une période de chômage pour s’initier aux secrets de la peinture en lettres. Elle pratiquait déjà la calligraphie depuis quelques années. « Il n’y a pas beaucoup de formation, regrette-t-elle. J’ai fait un premier stage dans une association qui s’appelle Calligraphis, chez un vieux peintre en lettre, à Paris. Il existe bien un CAP enseigne et signalétique mais c’est plutôt sur commande numérique. »
En 2017, elle suit une formation de trois mois à l’école l’Atelier des Ocres, une école de peinture décorative, à Ganagobie, dans les Alpes de Haute-Provence. « Je continue à me former par des stages. En novembre, je vais me pencher sur la lettre gothique. » En parallèle, elle s’est également formée à la gestion de l’entreprise avec la chambre des Métiers, poussée par son mari, afin qu’elle s’installe comme artisan.
Elle ouvre son atelier en juillet 2018, à Ornans, qu’elle nomme Post-Scriptum : « La peinture en lettres vient après l’écriture », sourit-elle. Elle réalise principalement des enseignes pour les commerçants, des reproductions de logos mais aussi des objets décoratifs. Elle en restaure également. Comme cette vieille enseigne qu’un de ses clients a retrouvée dans un grenier : Café Bijeard, bière de Vézelise. Certaines lettres étaient complètement effacées. « L’intérêt est au niveau de la résistance. Face aux intempéries, c’est beaucoup plus solide. Et s’il y a une dégradation, on peut faire une retouche », note Anne-Lise Blanchet. A ce vieux métier, l’Ornanaise y ajoute un côté vintage en utilisant des matériaux de récupération. « Je me fais plaisir, je suis contente de faire revivre la peinture en lettres. » Donner un corps aux lettres, faire parler les écrits au travers de ses créations, c’est bien là le b.a.-ba d’Anne-Lise Blanchet.
Laurine Personeni

Laurine Personeni

Ô Fait

Diplôme
Il existe un CAP enseigne et signalétique. Sinon, des formations sont possibles dans des écoles privées de peinture décoratives, comme l’Atelier des Ocres, à Ganagobie,ou l’Ecole Blot à Reims.
Qualités
Minutie, patience, créativité. Bonnes connaissances de la calligraphie.
Salaire
Etant artisan, Anne-Lise Blanchet n’a pas vraiment de salaire fixe. Néanmoins, le salaire moyen avoisine les 1 700 €.


L’atelier
Post-Scriptum, 5, rue Saint-Georges, à Ornans. 06 62 30 20 91.
Facebook : postscriptumornans
Retrouvez Anne-Lise Blanchet et son artisanat à Ornans, le samedi 3 et le dimanche 4 août, pour les journées Art et Artisanat.