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La météo ne fait pas le climat
Environnement

La météo ne fait pas le climat

ven 13 Mars 2020 - 08:35
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Le réchauffement climatique est-il responsable de cet hiver doux ? La réponse doit être subtile et ne doit pas tomber dans les travers des idées préconçues. Entre les dictons et l’amnésie sélective pas facile de s’y retrouver. En revanche, une certitude, le climat se réchauffe et favorise cette douceur.

Tous les jardiniers scrutent le calendrier pour semer. Avant ou après les saints de glace ? Cette question anime les conversations, sans pour autant apporter une réponse rationnelle. Les hivers ne se ressemblent pas. « Il n’y a plus de saisons mon brave môsieur » peut-on entendre sur les places des villages les jours de marché.

Et forcément, les anciens se remémorent ces hivers où la neige envahissait les paysages et le quotidien des habitants. Pourtant, la réalité scientifique est sans appel. Ces souvenirs s’avèrent être des images d’Épinal résultat d’une amnésie sélective. « Sur l’hiver d’antan, on se rappelle des journées très enneigées donc des conditions météorologiques qui ne valent pas une moyenne climatique » décrit Bruno Vermot-Desroches de Météo France. Pourtant, des photos montrent bien cette neige tombée en abondance. « On a fait les photos les jours où il y avait de la neige » insiste le météorologue. La preuve : « Il y a une affiche d’un concours international de ski à la Chaux-de-Fonds de 1911 - 1912, et ils avaient dessiné un skieur sur roulette. Cet hiver-là, il n’y avait pas eu de neige. Cette année par exemple, nous avons plus de neige qu’à cette période. Personne ne se souvient de cet hiver-là. En revanche, beaucoup de gens ont les photos de l’hiver 1906-1907 qui était très enneigé. Les deux étaient anormaux ».

Un témoignage démontant certains clichés. Mais alors, s’il est possible de dégager une sorte de normalité météo, qu’en serait-il dans notre région ? Bruno Vermot-Desroches ne va pas par quatre chemins : « La normalité est que dans le massif du Jura, il n’y a pas trop de neige ». Autre exemple venant appuyer sa démonstration. La commune de Mouthe est l’égérie des médias parisiens pour parler du froid sibérien en France. Les températures baissent fortement l’hiver et peinent à monter l’été. Pourtant, toujours d’après des relevés météos étalés sur plus d’un siècle, l’enseignement moyen, en février à Mouthe tourne autour de 30 centimètres… Bien loin des images véhiculées par les photographies.

L’hiver le plus chaud jamais enregistré

Mais alors, cela veut-il dire que les effets du réchauffement climatique ne seraient pas si importants qu’annoncés ? Absolument pas. La tendance non seulement se confirme, mais elle s’aggrave même ! Toutefois, la météo n’est pas le climat. « Quand on pose la question pour savoir s’il est plus normal d’avoir un moins 20 ou un plus 20 degrés à Besançon fin janvier, beaucoup seraient tentés de dire que c’est le moins 20… Alors que la normale est plus autour de 0° ». En d’autres termes, les hivers doux ont toujours existé, comme les hivers rigoureux. Mais, cela s’inscrit dans des cycles sur le long terme. C’est en analysant ces cycles qu’il est possible de dégager une tendance et donc de s’apercevoir d’une hausse généralisée. Comme l’explique Bruno Vermot-Desroches : « Il ne faut pas se baser sur la valeur d’aujourd’hui. La progression rentre dans le cycle de la moyenne de ces dix dernières années. Par exemple, l’hiver 2008-2009 ou l’hiver 2016-2017 étaient plus froids que la normale. La fluctuation naturelle, entre un hiver très froid et un hiver très chaud, peut enregistrer trois à quatre degrés de différence. » Cet hiver a été particulièrement doux. Mais il l’aurait certainement été sans le réchauffement.

Cependant, cette hausse globale des températures a accentué la douceur. « Autrefois, un hiver culminait à 5° en moyenne. Aujourd’hui c’est 6,1°. Au niveau des conditions météo, c’est comparable. Le temps est pluvieux, des températures douces… » C’est justement cet écart de plus 1,1° qui fait la différence. Pourquoi ? Parce qu’il est difficile, quotidiennement de le ressentir. En revanche, en faisant une moyenne, ses effets sont flagrants. « À Besançon, on a l’hiver le plus chaud jamais observé. Le précédent record était en 2015-2016. ou 1974-1975. 1898-1899. Mais là on a 1° de plus ! C’est énorme. Il n’y a pas eu de vague de froid. On a eu quelques journées en février, où des records ont été battus avec une moyenne de 14,5°, notamment le 3 février » note le scientifique.

 

Une saison douce

Une douceur qui s’accentuera au fil des années. Mais cela n’empêchera pas certains hivers d’être de nouveau rigoureux. Mais ils seront peut-être moins intenses qu’avant. Reste que si la météo n’est pas le climat, les jardiniers et autres amoureux de la nature ont besoin des bulletins quotidiens, et des prévisions à une semaine, pour pouvoir s’organiser. Les dictons étaient là pour aider (cf. encadré). Mais aujourd’hui, beaucoup ne sont pas ou plus d’actualité. Même sans avoir à se plonger dans un almanach pour savoir planter les choux. Toutefois, une majorité de jardiniers l’affirment : il ne faut rien planter avant les saints de glace. Apparue durant le Moyen Âge, cette pratique recommande d’attendre la période, comprise entre le 11 et 13 mai, pour mettre en terre les semis. Le dicton a-t-il raison ? Pour Bruno Vermot-Desroches, la vérité est ailleurs. « Au niveau du climat, il ne se passe rien de spécifique à ce moment. La température moyenne monte progressivement de la période la plus froide, c’est-à-dire mi-janvier jusqu’à la période de fin juillet qui est la plus chaude ». Même si ce dicton n’est pas à suivre au pied de la lettre, il invite cependant à rester sur ses gardes, notamment en plaine. Pourquoi ? Parce que les gelées peuvent encore sévir et mettre à mal les cultures naissantes. « C’était une sorte de principe de précaution. Mais ce n’est pas tous les ans » d’après le scientifique.

 

À quels saints se vouer ?

En se basant sur les relevés, la moyenne indique autre chose, notamment avec la hausse généralisée des températures : « Avec le réchauffement climatique, ces gelées sont un peu plus précoces. Les dernières gelées interviennent plus début mai que vers la mi-mai. Cela veut dire que de fin avril jusqu’à mi-mai, il faut faire attention. » Résultat, les saints de glaces peuvent être avancés à la fin avril début mai. Les gelées d’ailleurs, peuvent aussi arriver, très rarement, après le 13 mai. Pourquoi ? Parce que la durée de la nuit n’est absolument pas en lien avec le changement climatique. En effet, il faut attendre l’équinoxe pour que les jours s’allongent (ou que les nuits raccourcissent selon le point de vue). « Au cours de la journée le soleil apporte de l’énergie. Dans la soirée, le sol perd de l’énergie. C’est ce phénomène qui provoque le refroidissement. Plus la nuit est longue et plus le refroidissement est important. L’hiver, quand les nuits sont les plus longues, notamment au mois de janvier, la déperdition est très forte. En été, c’est l’inverse qui se produit » démontre Bruno Vermot-Desroches. Ce phénomène, bien connu, entraîne une complication, notamment pour les cultures. « Le paradoxe du changement climatique, c’est comme cette année, avec la végétation qui démarre très vite. À dire vrai, elle ne s’est même pas arrêtée… Le risque demeure avec les gelées tardives. Avec le réchauffement, les dégâts sont plus importants ». Cette dernière tendance est effectivement la plus inquiétante. S’il est possible de retarder certains semis, ou de couvrir quelques jardins, l’opération est très compliquée pour tous les champs. Elle devient même quasi impossible pour les arbres fruitiers ou encore les vignes. Résultat, les bourgeons grillent. Il existe bien sûr des parades, mais la majorité du temps, ces opérations génèrent beaucoup de gaz à effet de serre, et accentuent les effets du changement climatique. Il est d’ores et déjà obligatoire de s’habituer à ces changements, et de tout faire pour limiter leur augmentation. Mais attention, ce n’est pas parce que cet hiver a été le plus chaud jamais enregistré, que le suivant suivra cette tendance.

 

Jérémie Demay

Les vieux dictons

S’il pleut à la Saint-Médard, il pleuvra quarante jours plus tard. 

Pluie du matin n’arrête pas le pèlerin. 

Rosée du matin, tout va bien.

Hirondelle volant haut, le temps reste beau.

Lune cerclée, pluie assurée.

Arc-en-ciel du matin, abreuve le moulin.

Rosée du soir, il va pleuvoir.

Vieilles douleurs, pluie de malheur. 

Le vent la nuit, la pluie avant midi. 

Araignée tissant, mauvais temps. 

Mars haleux (beaucoup de vent), fait bon marier la fille du laboureur.

Noël au balcon, Pâques aux tissons.

À la Saint-Vincent (22 janvier), l’hiver se reprend ou perd sa dent.

À la chandeleur (2 février), l’hiver passe ou prend rigueur.